tec-ma | Développement durable : Le complexe du troisième pilier
59
post-template-default,single,single-post,postid-59,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-8.0,wpb-js-composer js-comp-ver-4.9.2,vc_responsive

Développement durable : Le complexe du troisième pilier

18 Fév Développement durable : Le complexe du troisième pilier

Le développement durable est maintenant dans toutes les déclarations d’intentions et dans bon nombre de chartes d’entreprises.

 

Il fait suite à la tendance éthique et de responsabilité sociale, voire sociétale des entreprises (Corporate Social Responsibility) en la complétant, parfois involontairement, dans le sens du développement durable.

 

Suivant la terminologie francophone consacrée, notre avenir se doit d’être durable, ce qui est à mon sens, sémantiquement plus politiquement correct que soutenable, terminologie utilisée dans d’autres cultures, et pour certains bien plus évocatrice.

 

A travers bon nombre de démarches d’entreprises, souvent intelligentes, bien menées et bien intentionnées, nous pouvons assister à des «initiatives allant dans le sens du développement durable», ou des «programmes ciblés», ou encore des «thématiques développement durable». Force est de constater que cette approche fait, toutes proportions gardées, plus penser à des résolutions bureaucratiques qu’à des actions révolutionnaires ou à de la simple conduite de changement.

 

Il est amusant de porter sur le sujet un regard en termes de polarités et de se demander si nous, entrepreneurs, décideurs, managers et autres gouvernants ne sommes pas encore à un stade où nous pensons en termes de «camps» et donc forcément en termes d’oppositions.

 

Suivant ce point de vue, nous évoluerions dans un monde où il nous faut être, d’un dogme, d’une croyance, d’une militance. Soit, «people» attachés au pilier social, soit «Planet» à l’écoute de l’environnement, soit enfin «profit» visant la croissance.

 

Comme résultat de ce positionnement, de bien beaux projets et de bien belles paroles, mais chacun reste finalement dans sa sensibilité et n’intègre que rarement les visions des deux autres pôles.

 

Dirigeants en entreprises, structures faites «dans leur ADN» pour l’accroissement du capital et le développement de marchés, est il tabou d’envisager la combinaison avec les autres piliers?

 

Environnementalistes, est-ce trahir que de se rendre compte que l’être humain ne veut entendre, au delà des déclarations d’intentions, parler ni de découplage, ni de décroissance sur base de notre système contemporain de valeurs?*

 

Humanistes, est-ce trahir que de se rende compte que l’homme en général, au plus profond de lui, veut de la compétition, veut un avenir plus solide que son présent et plus de «mieux être» que ses ascendants? Chacun étant conscient que, devoir se partager un gâteau qui ne grandit pas revient à se partager des parts plus petites.*

 

La citation suivante d’Aristote Onassis est de celles qui illustrent le propos à merveille. A la question de l’utilisation de sa fortune pour venir en aide aux pauvres, il a un jour répondu ceci: La seule chose que ferais en donnant un dollar à chaque pauvre serait de faire un pauvre de plus.

 

Tout comme Karl Marx et Joseph Schumpeter sont arrivés, en leur temps, par des chemins différents aux mêmes conclusions, nous devrons arriver à créer, intégrer et assumer des méthodes, des pratiques et des mesures de la performance nouvelles qui respecteront l’homme et son environnement.

 

Le plus dur dans cette intégration ne sera-t-il pas de nous débarrasser du «complexe du troisième pilier»? D’inventer sans complexe de nouvelles formes de création de richesses et de capitalisation sans être en opposition avec les deux autres piliers mais en les intégrant comme autant d’opportunités de marchés?

 

Pour reprendre l’image du gâteau, la seule manière de continuer à voir sa part grossir, sera d’en changer la recette, car, il me semble que pour bon nombre d’individus, aussi longtemps que l’idée d’un développement soutenable sera de près ou de loin liée à une notion de «décroissance», nous entendrons en ce mot «régression» dont la résonance déplaît profondément et répugne généralement à l’âme humaine.

 

«L’homo Oeconomicus»** , se trouvant devant un défi le liant de manière inédite à son environnement ferait peut être bien d’aller chercher ses solutions dans les sciences du vivant qui se concentrent sur le sujet. En effet, nous savons depuis Darwin et sa théorie de l’évolution que «seuls les individus les mieux adaptés à leur environnement participeront à la génération suivante».

 

Plutôt que de voir en cela un sombre oracle pour l’avenir des entreprises, je préfère y voir l’immense champ d’opportunités qu’offre cette conquête qui s’impose à nous.

 

L’opportunité nous est donnée de créer de nouvelles valeurs et de nouveaux critères, de pouvoir rêver de nouveau à une croissance, où, si nous avons appris la leçon, nous n’attendrons plus des arbres qu’ils poussent jusqu’au ciel. Un terrain de jeu et d’enjeux où nos grilles de cotations sont à inventer.

 

Osons abandonner la devise des premiers jeux Olympiques de l’ère moderne «plus haut, plus vite, plus fort»*** qui a fait son temps. Inventons celle qui portera notre époque, celle où le mieux n’est plus l’ennemi du bien mais sa seule alternative, où l’agile vaut mieux que fort. Souvenons nous que la meilleure idée qui soit tout comme la meilleure décision sont vouées tôt ou tard à devenir obsolètes voire nuisibles.****

 

Avant toutes choses, débarrassons nous du «complexe du troisième pilier». Nos entreprises sont vouées à la croissance, à la création de richesses, nous ne serions pas entrepreneurs sans ce moteur, sans cet élan, c’est dans nos gênes.

 

Tout simplement et pour rejoindre Darwin, une seule attitude est à adopter: Adaptons nous. Quel champ d’opportunités mes amis!

 

 

Par Patrick Colot

Praticien senior en Management

Administrateur tec-ma

www.tec-ma.be

 

 

* Prosperity without grow / Sustainable development commission report Pr. Tim Jackson – UK

** Première apparition du terme “Homo Oeconomicus” chez Pareto en 1906

*** Pierre de Coubertin 1896 J.O Athènes

**** Référence à Peter Drucker